Tu seras mon couteau
Je suis désespéré de te voir t'accrocher aux mânes de la raison pure, ce qui est sans conteste un outil efficace dans la vie mais nous ne sommes pas dans la vie Myriam! C'est le secret que je chuchote à ton oreille depuis un mois: toi et moi nous ne sommes pas dans la vie! Je veux dire dans aucun endroit où règnent les règles habituelles des relations entre les gens, et sûrement pas les lois qui régissent les rapports entre hommes et femmes. Alors où sommes nous dans tout cela? Peu m'importe où, pourquoi nommer cette chose, ce sera toujours avec les mots des autres, des mots traduits, alors qu'avec toi je veux des principes de base différents, des lois fixées par nous, une langue qui soit la nôtre, pour raconter nos histoires, auxquelles nous croirons de toutes nos forces, car si nous n'avons pas un tel lieu intime où toutes ces croyances puissent prendre corps, fût-ce dans l'écriture, notre vie n'est pas une vie; ou, pire encore, notre vie n'est qu'une vie... tu es d'accord?
Si nous ne savons vivre le présent, nous sabotons l’avenir
Des années plus tard, après l’éloignement ou la séparation, chacun va se demander : « Mais comment tout cela a-t-il pu se passer ? » . Avec parfois le sentiment qu'il s'agit d'un rêve qui a mal tourné, qui a dérapé dans la réalité. Pourtant l’imprévisible était au rendez-vous. Il était là, et elle était là au même moment, dans ce lieu qui fut celui de leur premier regard. Ils avaient perçu l'un et l'autre qu'ils étaient attirés, du moins qu'elle n'était pas indifférente à sa présence, que lui était sensible à son charme, qu'il aimait la douceur de son visage, qu'elle appréciait son sourire, qu'il se sentait ouvert à des partages, qu'elle n'hésitait pas à se tourner vers lui. Des signaux infimes ont circulé abolissant les distances, des vibrations ont rejoint d'autres vibrations, des accords invisibles se sont établis, des chants silencieux ont commencé…
Alors sans plus d'hésitation, ils se sont rapprochés, ils se sont caressé des yeux… Puis, sans aucune retenue, ils se sont étreints par la pensée ; ils ont, immobiles l'un et l'autre, bu leurs lèvres, laissé parler leurs corps soudain très éveillés. Ils se sont enfin abandonnés à la liberté d'être reçus, accueillis, et sont entrés de plein pied dans un plaisir nouveau, étonnés d'être aussi vivaces, présents, absolus. Et quand, à chaque fois, venait le moment de se quitter, avec précaution, ils tentaient de prolonger l'instant, d'échanger quelques mots pour traduire le bon, le doux, le joyeux qu'ils s'étaient offerts. Ils ont manifesté le désir de se revoir, de recommencer, d'agrandir ce bon, ce doux, ce joyeux partagé. Ils étaient encore à ce moment-là deux personnes autonomes, responsables, réceptives à la présence de l'autre, désirant d’autres rencontres, ouverts à une relation.
Est alors arrivé le temps des malentendus, du silence. Celui de l'attente, de l’incertitude :"Va-t-il donner un signe de vie ?" "Va-t-elle appeler ?" "Quand nous reverrons-nous ?" Les prémices d’un auto sabotage actif étaient en place, surtout quand on se met à penser à la place de l’autre sur ce qu’il a fait, pas fait, aurait dû faire, fera ou ne fera pas… Il y eut bien sûr d'autres rencontres improvisées, suscitées, voulues, exprimées. Le présent prenait toute la place, occupait toutes les pensées, générait un désir qui se renouvelait sans faire appel au passé ou au futur. La présence inquiète du passé chez l'un, l'anticipation persécutrice du futur chez l'autre, ont commencé à se manifester. Oh de façon imperceptible au début, un regard ailleurs, une écoute plus distante, un abandon plus retenu ou plus tiède, une demande plus insistante…
Et puis est arrivé le temps du doute, de l'exigence, du regret, de l'amertume, du sabotage de l'instant. Qui a commencé ? Lui ? Elle ? Qui a écrit en premier pour critiquer ce qui s’était passé, pour se plaindre de tout ce qui ne s'était pas passé, de ce qui avait manqué, de ce qui aurait dû être ? Qui a laissé entendre que ce n'était pas suffisant, qu'il fallait plus, qu'il faudrait quand même savoir ce que l'on veut, où l'on va ? Qui, oubliant le présent du présent, la folie de la rencontre, le merveilleux du partage, se persécutait à l’avance de ce qui pourrait arriver ? Se blessait de ce qui n'allait pas arriver ? Qui déposa sur l'autre les premiers ressentiments, les accusations, les reproches et bien sûr les refus ? Est-ce lui, est-ce elle ?
Aujourd'hui enfermés dans des rancoeurs, séparés par un fossé d'incompréhensions, blessés par des mots irrémédiables, ni l'un ni l'autre ne comprend ce qui s'est passé, ce qui ne s'est pas passé, ce qui aurait dû se passer. Ils se jurent à eux-mêmes l'un et l'autre que c'est la dernière fois, qu'on ne les y reprendra plus, qu'ils veilleront à ne pas se laisser entraîner comme cela par le plaisir de la rencontre. Qu’ils se défendront mieux de rêver et d’espérer… Comment feront-ils la prochaine fois ?
ZYRIAB, de son vrai nom Abou El Hassane Ali Ben Nafi, fuyant Bagdad avec sa femme et son jeune enfant, par crainte de représailles de son maître Issaq El Mocili qui prit ombrage, car le Sultan Haroun Errachid, à qui il fut présenté, était conquis par la voix et l’exécution de cet élève.
Après un voyage tourmenté, il passe par le Caire et Kairouan, et arrive en Espagne en 822. Sa réputation de chanteur, d’instrumentaliste et de maître de la musique, l’a déjà précédé à la cour du Roi Abderrahmane II, Emir de Cordoue. Reçu en pompe de ville, l’Emir de Cordoue l’accueille chaleureusement avec tous les égards dus à son génie, le comble de présents et lui alloue une forte pension.
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Devenu le conseiller intime de l’Emir, il est chargé du protocole. C’est alors qu’il réforme la vie à la cour, organise les réceptions, et devient l’arbitre des élégances. Sa culture littéraire et scientifique, étonne ceux qui l’approchent. Auteur raffiné, poète de talent, compositeur de musique, il s’occupe de gastronomie. Pour rehausser le prestige des Omeyades, il invente des menus raffinés, des gâteaux au miel, des pâtisseries inconnues en Orient, et lance des modes vestimentaires tant pour les femmes que pour les hommes.
Mais ZYRIAB est connu surtout pour ses créations musicales et les transformations heureuses apportées à l’instrumentation. Fabriquant lui-même les luths et ses cordes, il implante une cinquième corde au luth qui ne comptait que quatre cordes. Les cordes étaient frottées par des lamelles de bois qui s’usaient trop vite. Il leur substitue le plectre en plume d’aigle, rendant l’exécution souple, aisée et nette.
Tout le répertoire musical en vogue à Bagdad, joué sur des gammes bien déterminées et sans relation entre les morceaux, subit à son tour des transformations, des adaptations.
Son esprit créateur, ses rêves, lui inspirent des chants, des compositions multiples constituant ce grand monument des vingt quatre noubas (modes), avec leurs règles et rythmes, qui correspondent aux vingt quatre heures de la journée. Ainsi la nouba Maya se joue à l’aube, la nouba Ghrib à 10 heures du matin, suivie de celle de Sika, la nouba Zidane au début de l’après midi, la nouba Reml au coucher du soleil, suivie de celle de Reml El Mayan du Hassine et du Araq. Les noubas Medjenba, Dil et Rasd Eddil se jouent du milieu de la nuit jusqu’à l’aproche de l’aube.
A sa mort, ZYRIAB laisse un héritage de plus de dix mille chants goûtés et appris dans toute l’Andalousie. Ses fils Obeid Allah et Abderrahmane, ses filles Hamdouna et Alya, sa disciple préférée Massabih continuent son enseignement. Des œuvres musicales nouvelles éclosent très nombreuses, et c’est alors que cette musique devient la propriété de tous.
La prise de Cordoue en 1236, par Ferdinand III de Castille, provoque l’émigration de cinquante mille andalous vers Tlemcen. Parmi ces réfugiés des musiciens apportant avec eux les structures et les styles des noubas, pratiquent cette musique et l’enseignent aux autochtones.
Au cours des siècles passés, les noubas ont été totalement perdue, jusqu’à leur nom, ainsi que beaucoup de poèmes et leurs mélodies compris dans les noubas restantes, soit par manque d’exécution, soit par égoïsme des anciens maîtres de cette musique.
Le répertoire actuel de la musique classique à Tlemcen ne se compose plus que de seize noubas, plus ou moins riches en touchiates et ses poésies, avec prédominance instrumentale du rebeb.
Ces noubas sont : Dil – Rasd Eddil – Maya – Reml Maya – Hassine –
Ghrib – Reml – Zidane – Medjenba – Sika – Mezmoum – Rasd –
Ghribet Hassine – Araq – Djarka – Moual.
La nouba :
Qu’est-ce qu’une Nouba ? On a voulu l’apparenter, quant à sa structure générale, à la fois au concerto et à la symphonie classique. La symphonie, telle qu’on la conçoit actuellement, comprend quatre mouvements : allégro, ou largo, ou encore andante, menuet ou scherzo, enfin finale ou allégro vif. L’ordonnancement des parties musicales entrants dans la composition d’une nouba est la suivante :
1°) Le Prélude : un morceau instrumental, arythmique, annonçant la nouba qui va être jouée et permettant de vérifier l’accord des instruments.
2°)
3°) Le Meceddar : mélodie ample, lente, noble, envoûtante, exécutée en chœur sur un mouvement uniforme (andante) permet à l’esprit de s’élever vers l’abstraction et au cœur des émotions peu communes où l’instrumentation s’efface devant le chant pour reprendre après chaque vers.
4°) Le Betaihi : mélodie moins lente que le Meceddar (allegro), avec alternance du chœur et de l’instrumentation, laisse ressortir une accélération progressive d’un couplet à l’autre, pur devenir brutalement aussi lent que le Meceddar à la fin de la mélodie.
5°) Le Derdj : une sorte de complainte chantée en chœur, avec alternance du chant et de l’instrumentation, sur un rythme lent (largo).
6°) L’Inciraf : mélodie avec alternance du chœur et de l’instrumentation, sur un mouvement alerte (scherzando) où les poèmes deviennent plus gais, chantent l’amour, la nature, les oiseaux, les réunions entre amis, etc. …
7°) Le Mokhlas : la nouba touche à sa fin. La série nous a amenés à un mouvement rapide se hâtant vers la conclusion, et c’est le Mokhlas qui apporte cette conclusion. C’est un air au rythme vif (allegro vif) qui va en s’accentuant pour finir sur un point d’orgue.
VOYAGEUR
Les arabes et l’héritage grec

" Quand on se rend compte de toute l'étendue des domaines que les Arabes embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que, sans les Arabes, la science et la philosophie européennes ne se seraient pas développées à l'époque comme elles l'ont fait. Les Arabes ne se contentèrent pas de transmettre simplement la pensée grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs […] Lorsque vers 1100, les Européens s'intéressèrent à la science et à la philosophie de leurs ennemis sarrasins, ces disciplines avaient atteint leur apogée. Les Européens durent apprendre tout ce qu'on pouvait alors apprendre, avant de pouvoir à leur tour progresser eux-mêmes. " Montgomery Watt.
Longtemps, le monde occidental a accordé une importance exagérée, dans le domaine des sciences et des arts, à l'héritage gréco-romain. Au point de sous-estimer, voire d'ignorer sa dette envers les grandes civilisations du Proche-Orient.
L'opinion voulait que les Européens chrétiens soient les destinataires naturels de la pensée d'Athènes et de la gloire de Rome. Pendant la "longue nuit du moyen-âge", les Arabes n'auraient été que les gardiens d'un savoir qu'ils se sont accaparé sous formes de traductions.
Pendant l'âge d'or de la pensée grecque qui s'étend sur trois siècles (6e-4e s.), les civilisations égyptienne et babylonienne sont encore bien vivantes : les influences et les échanges sont réciproques.
De plus, les savants grecs se reconnaissent comme les héritiers des savoirs orientaux.
Après l'effondrement des États-cités (338 av. J.-C.), le foyer de la science retourne au Proche-Orient pour y durer pendant la longue période hellénistique (3e s. av. J.-C. - 5e s. après J.-C.). Pendant 800 ans les plus grands savants, dont les œuvres sont ensuite traduites en arabe, parlent grec et sont originaires d'Égypte, de Syrie, de Mésopotamie et de toute l'Asie occidentale.
L'extension du christianisme gagnait davantage les Empereurs que les savants. Après la fermeture de l'École d'Athènes par Justinien (529), nombre de ceux-ci trouvèrent refuge auprès du roi de Perse, à Djundishapur, qui devint le point de rencontre des connaissances et des influences grecques, syriaques, persanes, indiennes. D'autres centres savants se formèrent Edesse et surtout à Harra (Haute Mésopotamie), ville sabéenne qui devint dépositaire des enseignements de l'astrologie babylonienne, du néo-pythagorisme, de l'hermétisme.
La conquête arabe apportait les éléments d'un nouvel enthousiasme pour le savoir :
- une langue que se forge et qui s'impose comme un instrument de communication internationale ;
- un gouvernement fortement centralisé ;
- une religion qui exalte la connaissance. Le Coran énonce que l'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs.
Le monde occidental manifesta une réserve, voire une hostilité, envers ces savoirs étrangers. Avant, à son tour, de se les approprier et de les enrichir.
Aux grandes heures de la civilisation arabe (8e-13e siècle), les spécialisations disciplinaires sont encore incertaines et la soif de connaissances est telle que les savants pratiquent, au gré de leurs curiosités, la médecine et l'astronomie, l'alchimie et l'optique… Tous ne sont pas Arabes de naissance, mais c'est dans la langue de l'élite politique qu'ils expriment leurs découvertes.
Les apports des Arabes à la civilisation se retrouvent dans les techniques, l'art, la philosophie... Il y a les inventions scientifiques et les thèses philosophiques mais à côté de ces coups de génie d'autres apports ont été plus discrets. Ils résultent de contacts, d'emprunts irréfléchis, d'une contamination qui ne s'exerce pas dans un seul sens.
Voyageur

Dans le sud de l'Espagne du 10ème au 15ème siècle ,chrétiens, musulmans et juifs cohabitaient sereinement. C'était Al- Andalous, une des périodes les plus fécondes intellectuellement de l'histoire de l'Europe, un métissage culturel d'une grande richesse. Philosophes, médecins ,peintres, musiciens , astronomes et poètes enrichissaient mutuellement leurs pratiques. De là est née la musique Arabo-andalouse, au carrefour des musiques arabes, espagnoles et juives séfarades.
L'occupation Arabe de l'Espagne pendant 8 siècles laisse un grand héritage culturel.
L'activité intellectuelle est le trait dominant de l'élite al-andalouse. L'homme andalou a un penchant pour la musique, la poésie et les jeux de l'esprit. Il aime se cultiver. L'apparition de la musique arabo-andalouse est liée à l'installation en Espagne de Ziryab , poète arabe et musicien de grand talent, qui arriva à la cour de Cordoue en 822. Le peuple gitan qui se fixera en Andalousie s'établira dans les années 1440 à Jaén
La musique Mudéjare est celle des musiciens musulmans restés en terre chrétienne après la reconquista . Une bonne partie des musiciens du roi Alfonso el Sabio étaient musulmans. Ils n'hésitaient pas , pour cette raison, à traiter certains répertoires comme les Cantiguas de Santa Maria, selon les règles de la musique arabo-andalouse. La musique arabo-andalouse, bien que reposant sur des règles très strictes, est une musique non-écrite se transmettant oralement de maître à élève. Avant même la chute de Grenade, de nombreux musiciens musulmans étaient venus s'installer en Afrique du Nord. La tradition musicale arabo-andalouse s'y est développée , particulièrement dans les villes qui ont accueilli les réfugiés espagnols (Tanger, Tétouan, Fès... )
Caractéristiques de la musique Arabo-andalouse :
La production arabo-andalouse existe encore sous ses formes anciennes ( avec Abdelkrim Raîs et Massano Tazi au Maroc, Khanadji en Algérie, Bouchnak en Tunisie, ou grâce aux créations contemporaines d'Abed Azrié , audacieuses et solaires. la musique arabo-andalouse constitue une pénétrante investigation de la quintessence du beau en musique .
La tradition musicale arabo-andalouse repose sur une forme ,
La musique Arabo-andalouse marocaine :
Cette musique a ses caractéristiques propres qu'elle a développée au fur et à mesure. Appelée "Al-Ala" ou aussi "Tarab Al-Ala", elle représente la musique classique profane. Amenée au Maroc après la chute des Arabes en Andalousie, la musique arabo-andalouse s'est implantée surtout à Rabat, Fès, Tétouan et Oujda. La musique arabo-andalouse implantée à Tétouan est nommée" tetouanniya", celle originaire de Fès: " fassiya " , celle développée à Rabat et Oujda est dite" Gharnati ", en hommage à la ville de Grenade qui fut le dernier bastion de la présence Arabe en Andalousie.
Les principaux instruments de musique :
Le 'ûd
Le rabâb:
Le rabâb est un instrument à cordes frottées présent dans tout le monde arabe. Le rabâb marocain est une vièle monoxyle dont la caisse est étroite et bombée. Celle ci peut être en bois de noyer, citronnier, cèdre, acajou, thuya ou encore en abricotier.La tête (ra's), rectangulaire, forme un angle droit avec le corps. Deux grosses chevilles de bois servent à régler la tension des deux cordes faites en boyaux. La table d'harmonie est formée de deux parties : la partie supérieure constituant la touche est en bois léger tandis que la partie inférieure, moins longue, est en peau de chèvre ou en parchemin. Le sillet, taillé dans du bois, de l'ivoire ou encore dans un fémur de bœuf, est arrondi. La partie supérieure de la table est très souvent finement décorée. Le décor végétal prédomine (bois ajouré ou incrustation de nacre, d'ivoire, de métal ou d'os en forme de rosaces, palmettes ou fleurs de lys) mais on peut trouver également une fine lisière de motifs géométriques en marqueterie. La caisse peut aussi être ornée de fleurons ou de petites rosaces. Deux ou trois paires d'ouïes sont généralement situées sur les côtés de la caisse au niveau du manche, une autre paire plus petite se trouvant sur la partie inférieure de l'instrument. L'archet du rabâb est petit, assez lourd, et a la forme d'un arc très marqué. La tige est en fer ou en bois parfois décoré, la mèche en crins de cheval. L'accord s'effectue toujours en quinte et diffère selon le mode et la tessiture du morceau. Le rabâb, par sa puissance et sa sonorité particulière, est aisément reconnaissable au sein de l'ensemble. Par sa nature de basse, il joue un rôle de soutien presque permanent.
Le târ :
L'instrumentiste tient le târ dans la main gauche, entre le pouce et l'index, le pouce étant passé à l'intérieur du cadre. Le majeur et l'annulaire actionnent les cymbalettes, également mises en mouvement par le jeu du poignet. La responsabilité du joueur de târ est capitale ; c'est lui qui détermine et maintient le tempo et qui de gére les accélérations .
Voyageur
L’Islamisation

Contrairement à une idée assez répandue, les grandes vagues de la conquête arabo-musulmane n'ont pas eu pour effet d'imposer uniformément et systématiquement une culture et une croyance aux populations dominées et majoritaires en nombre.
Tout d'abord, en droit Juifs et Chrétiens (Gens du Livre) ne se convertissent que s'ils le souhaitent et pour peu qu'ils reconnaissent l'autorité des souverains musulmans (en s'acquittant d'un impôt) ils se voient accorder leur protection (d'où leur nom de Dhimis : protégés). Mais le Dhimi demeure un "infidèle".
Ensuite, le converti dispose des mêmes droits que le croyant ce qui n'est pas toujours bien vu par les conquérants méfiants face aux excès de religion et soucieux de leurs avantages aristocratiques.
Enfin, à une époque où la paysannerie regroupe 80 à 95% de la population, l'influence arabe demeure limitée sur le costume, l'habitat, le mobilier.
Ce sont d'abord les marchands et les notables qui doublent leurs noms juifs ou chrétiens d'une appellation arabe (ainsi l'évêque Johannès de Cordoue est aussi appelé Asbag Ibn Abdallah) et qui imitent la toilette et la tenue des vainqueurs : les femmes mozarabes (arabisées et chrétiennes de la péninsule ibérique) prennent l'habitude de sortir voilées.
Les influences sont patientes. Elles concernent l'alimentation (le porc est moins consommé), le corps ( le souci de propreté amène les gens aux bains) et quelques chrétiens fortunés ne dédaignent la polygamie.
La mode aussi à ses droits et la jeunesse se met à imiter les gestes et le parler de tel nouveau chanteur arabe, au grand dam des puristes de la tradition arabe.
Cependant, c'est avec réserve que les conquérants constatent les avancées de leur culture sur laquelle ils entendent garder un droit de regard. Les limites de la tolérance des vainqueurs sont fluctuantes en particulier lorsque l'on touche aux choses de la religion. Ainsi des commerçants chrétiens sont punis avec sévérité, pour avoir invoqué le nom du prophète. Toujours en Andalousie, lorsque vers le 12ème siècle,
Déjà une culture se mondialise mais la ligne de partage passe entre arabisation et Islamisation
Voyageur
" Chiffre " : l'histoire d’un mot

En empruntant aux Indiens leur système de numération et d'écriture de position des nombres (qui facilite grandement les opérations arithmétiques) les Arabes désignèrent le 0 : es-sifr, littéralement, le vide. Le mot fut latinisé en cephirum ; en Italie, il devient zefero puis zéro ; en France, il devient chiffre – pour désigner l'ensemble des caractères numériques – et pour lever l'équivoque on emprunta à l'italien le zéro pour désigner la valeur nulle qui a proprement parler devrait avoir l'exclusivité de s'appeler chiffre.
L'histoire des mathématiques regorge des inventions arabes. Le mot " algorithme " vient du nom du grand mathématicien Al Khwarizmi, qui est le père de l'algèbre et l'auteur du Kitab al Jabr (de jabara, réduire).
C'est aux Arabes encore que l'on doit la désignation des inconnues par la lettre x (Xay en espagnol, déformation de chay : la chose).
Même si elles sont le fait d'érudit, comme le poète O. Khayyam qui fournit la solution des équations du troisième degré, ces recherches mathématiques ont des finalités pratiques et visent à résoudre des problèmes quotidiens (calcul de surface, aménagement urbain…).
L'astronomie est, elle aussi, étudiée à des fins pratiques : la prédiction. Sur la base de l'astrologie persane, de nombreux savants établissent le calcul des longitudes, réforment le calendrier et avant Copernic (qui eut connaissance de leurs travaux) critiquent Ptolémée et construisent un modèle planétaire centré autour du Soleil.
Voyageur
Al Biruni (mort en 1050) reste le modèle du lettré qui s'investit dans la culture arabe et lui apporte une dimension universelle. Originaire de Khwarizm (Caspienne), écrivain en langue arabe et en persan, il témoigne : " J'ai été éduqué dans une langue (celle du Khwarizm) […] Ensuite, je me suis mis à apprendre l'arabe et le persan, et je suis par conséquent un intrus dans ces deux langues, qui s'efforce de s'y perfectionner. Mais j'avoue que je préfère être insulté en arabe qu'être exalté en persan. "
Le jugement est rude, mais il traduit la force d'attraction et de fédération de l'arabe dans un contexte (Bagdad) où pourtant la composante persane est majoritaire.
Le " premier chef-d'œuvre " de la littérature des Arabes résume, par son cheminement, cette époque : Kalila et Dimna est l'adaptation en arabe, par Ibn Al-Muqaffa, de la version persane de fables indiennes.
Le moment est favorable à l'éclosion littéraire. Déjà, les grammairiens fixent les règles d'une langue aussi pure et proche de ses origines que possible et les premiers dictionnaires apparaissent. L'industrie du papier se développe. Les princes sont libéraux et l'aristocratie se veut mécène…
Les genres littéraires fleurissent : celui de l'épître, de la nouvelle (risala), des séances (maqamat, mélanges de fiction et de réalité dont l'action renvoie à un personnage central).
Une nouvelle valeur s'impose : la nécessité de la culture. Les sciences religieuses et profanes se déploient, les controverses sont fréquentes. Dans ce bouillonnement d'idées, les conservateurs et les partisans de la raison, les tenants de la pureté arabe et ceux de l'ouverture à l'étranger, s'accordent à composer un code de maintien.
Ces valeurs distinctives de l'honnête homme, se nomment l'adab.. Jahiz (mort en 868) et Ibn Qutayba (mort en 889) sont les champions de la culture, esprits encyclopédiques, curieux de tout, polémistes et vulgarisateurs qui cultivent la verve et la belle langue.
La poésie s'attache à explorer des thèmes nouveaux. Al Mutanabbi (mort en 965), le courtisan orgueilleux, célèbre les grandes victoires et chante la gloire de ses protecteurs, se retourne parfois contre eux. Al Maari (mort en 1058) exprime tout à la fois, espoir, révolte et amertume du monde. Aveugle à l'âge de 4 ans, il clame le désespoir, cultive le scepticisme à l'égard des religions et de l'humanité.
Abu Nuwas (mort en 815) use de son immense talent et de l'intimité des califes pour se livrer au scandale et à la provocation. Il subvertit la poésie traditionnelle et chante le vin et les amours illicites sans détours, pour les femmes et les hommes, sans contours délimités. .
La littérature se partage, elle se goûte en public, le soir et la nuit. Le peuple pratique, lui aussi, la palabre. Sur les places, les conteurs récitent poésie, gestes.... Le narrateur est maître du texte et de son auditoire : pour maintenir l'attention de son public, il introduit des variantes, ouvre une histoire au sein de l'histoire, interrompt le récit aux moments palpitants.
Les Mille et une nuits sont l'expression même de la littérature populaire et de colportage. Elles sont, avec le Roman d'Antar, les légendes de la mer, les complaintes de Majnun (le fou d'amour) une mémoire itinérante.
L'Espagne arabo-andalouse s'épanouit. Elle crée une page et une poésie originales : Ibn Hazm (mort en 1063) qui fut aussi juriste et théologien invente les codes de l'amour courtois (Tawq al-hamâma : Le collier de la colombe, traduit chez Sindbad sous le titre : Des amours et des amants). Les troubadours seront les continuateurs de cet art de la strophe et du mélange des langues.
Voyageur
L’arabe universel !!!
La langue est un remarquable conservatoire des rencontres de cultures, un musée vivant. Les ports méditerranéens en témoignent tous les instants en maltraitant toutes les frontières linguistiques et, par la transgession de leurs règles, de créer une langue partagée. Ce texte de Sigrid Hunke met en scène les termes et les objets passés des Arabes vers les Occidentaux.
Exemple:
" Permettez-moi de vous inviter à prendre quelque chose dans ce café, chère madame ! Enlevez donc votre jaquette et prenez place sur le sofa au matelas garni d'une étoffe carmin. Le cafetier s'empressera de vous servir une tasse de café avec deux petits morceaux de sucre, à moins que vous ne préfériez une carafe de limonade bien glacée, ou encore un peu d'alcool ! Non ? Mais vous accepterez certainement une tarte aux abricots et aux bananes !
Mais bien sûr, cher ami, vous êtes aujourd'hui mon invité ! Puis-je vous offrir, pour commencer, un sorbet à l'orange ? Je crois que des artichauts feraient une entrée fort agréable. Et que penseriez-vous d'un chapon accompagné de riz et de barquettes aux épinards ? Pour le dessert je ne saurais trop vous recommander ce gâteau à la sauce d'arak. Et pour clore le repas, un moka… Mais, je vous en prie, installez-vous sur le divan.
Pourquoi, certes, ne vous sentiriez-vous pas parfaitement à l'aise, alors que tout ce qui vous entoure comme tout ce que je vous offre se trouve sur la liste des articles depuis longtemps inventoriés qui font partie de notre existence, et cela bien que nous les ayons empruntés à un monde étranger à savoir le monde arabe ? Le café qui vous sert quotidiennement de stimulant, la tasse dans laquelle vous versez ce noir breuvage, le sucre sans lequel vous ne sauriez aujourd'hui imaginer un menu, la limonade et la carafe, la jaquette et le matelas, c'est aux Arabes que nous devons de les connaître. Et ce n'est pas tout ! Dans la presque totalité du monde civilisé, ces articles portent encore leur nom arabe ! De même pour candi, bergamote, orange, quetsche, etc.
Rien d'étonnant, me direz-vous sans doute, à ce que certains fruits originaires des pays chauds (tout comme certains aliments ou boissons) nous viennent de l'Orient ; et pourquoi dans ce cas, ne conserveraient-ils pas leur appellation d'origine ?
Et lorsque vous avouez que, maté par la fatigue, vous vous étendez sur le sofa, le divan, l'ottomane ou dans l'alcôve, vous m'assurez que n'importe quel enfant saurait reconnaître l'origine étrangère de termes aussi extravagants. Mais savez-vous que, sans le vouloir, vous avez employé un autre mot arabe, un terme issu du jeu d'échecs (jeu que les Arabes nous ont appris, l'émissaire d'Haroun al-Rachid l'ayant, dit-on, introduit à la cour de Charlemagne), qu'échec vient de shah (le roi) et que le mot maté que vous avez employé vient de mat qui signifie tout simplement : " Il est mort " ? Alors, vous voyez : échec et mat !
Saviez-vous en outre que les sacs de maroquin que vous voyez dans ce magasin portent encore l'estampille des Arabes ? Quant aux étoffes exposées dans cette vitrine, en dehors des cotonnades, des mousselines, du mohair souple et duveteux, vous pouvez faire votre choix entre le satin élégant, le taffetas distingué, la moire chatoyante et le damas somptueux (de la ville de Damas), qui étalent à vos yeux toute une gamme de nuances depuis le jaune safran jusqu'au lilas en passant par l'orange et le cramoisi. Autant de délicates invites à nous souvenir de ceux auxquels nous devons des étoffes aussi utiles que précieuses sous leurs coloris éclatants, c'est-à-dire aux Arabes.
Savez-vous que lorsque vous entrez dans une pharmacie ou une droguerie, vous y trouvez quantité d' " inventions " arabes. Un simple coup d'œil aux caisses et aux flacons du droguiste suffira à vous en convaincre : vous y verrez de la muscade, du cumin, de l'estragon, du safran, du camphre, de la benzine, de l'alcali, de la soude, du borax, de la saccharine, de l'ambre et bien d'autres drogues arabes dont vous usez quotidiennement. Savez-vous que nous désignons encore sous son nom arabe de laque, le vernis dont nous couvrons nos ongles, que l'aniline, la gaze, le talc et la ouate sont autant de noms arabes ?
Vous ne sauriez donc nier plus longtemps que le grand nombre de noms arabes qui émaillent notre langue désignent des articles d'usage courant dont les arabes nous ont révélé l'existence. Ni que ces articles aient apporté à notre vie quotidienne, jadis insipide, voire un peu sordide, maints agréments délicats qui l'ont littéralement assaisonnée, embellie par la couleur et le parfum, ni que celle-ci leur doive d'être plus saine et plus hygiénique en même temps que plus riche de confort et d'élégance… (Le soleil d'Allah brille sur l'occident. notre héritage arabe. Albin Michel, 1963)
Voyageur
Les arabes et la science
des noms éternels
(3ème partie et fin)

Les mathématiques
Ibn Musa al-Khawarizmi inaugura, au début du IX e siècle, un renouveau de l'algèbre. La manière est toujours rhétorique; l'algèbre arabe ne comporte pas de symboles, mais, par rapport à celle des Grecs, les algorithmes de calcul - du nom même du savant - se multiplient, notamment pour les extractions de racines carrées et cubiques ainsi que pour les calculs approchés.
Les frères Banû Musa, bien connus pour leurs recherches en mécanique, s'attachent à l'étude de la mesure des figures planes et sphériques.
L'astronomie
Hormis quelques dissidents, les Arabes demeurent fidèles au paradigme ptoléméen: Terre immobile; système de sphères; combinaisons de cercles pour expliquer les mouvements des planètes, de
Les sciences physiques
Le terme physique ne doit pas être compris dans son sens moderne. Il correspond ici à un ensemble de disciplines encore assez mal différenciées et portant essentiellement sur des questions de mécanique (statique et hydrostatique) et sur l'optique.
. Ces travaux prolongent en particulier les recherches d'Archimède sur le centre de gravité et d'une façon générale sur les questions de statique.. Les Mécaniques de Héron d'Alexandrie sont traduites par Qusta ibn-Luqûa, et les Banû Musa apportent d'intéressantes contributions à l'élaboration des machines simples ainsi qu'à l'étude des machines hydrauliques.
L'importance et la richesse des travaux dans le domaine de l'optique est tout à fait remarquable. Si le nom d'Ibn Haithem est bien connu par son œuvre principale, le Kitab al-Manazir, qui a exercé une influence déterminante sur le développement de l'optique jusqu'au XVII e siècle - une traduction latine de l'ouvrage est donnée en 1672 en l'associant aux écrits de Witelo, qui seront repris plus tard par Kepler -, il importe également de rappeler le nom d'Ibn Sahl (X e siècle), qui énonce sous la forme d'un rapport géométrique la loi de la réfraction, et celui de Kamal al-din al-Farisi qui, prolongeant les travaux d'Alhazen, donne une très belle théorie de l'arc-en-ciel et des réflexions dans une sphère cristalline.
Les sciences naturelles et médicales
En géologie, science demeurée au stade embryonnaire pendant tout le Moyen Age, les Frères de la pureté (Akhwan el-Safa), auteurs, au X e siècle, d'une Encyclopédie, ou Avicenne, au XI e siècle, proposent des hypothèses concernant l'orogenèse, c'est-à-dire la formation des montagnes. D'autre part, seuls les Arabes s'intéressent aux minéraux d'un point de vue scientifique.
En botanique également, ils continuent à étudier les plantes, mais à des fins uniquement pratiques. Même démarche en agronomie: la valeur agricole de certaines régions, surtout d'Espagne, est accrue par des travaux d'irrigation.
Enfin, alors que la médecine occidentale est empreinte de magie et d'astrologie, la médecine arabe garde un caractère expérimental proche de la médecine grecque par les méthodes et les principes (importance de l'observation) ou de la médecine indienne par l'utilisation qu'elle fait de sa pharmacopée.
Voyageur
1. Au commencement, la traduction…
2. L’archéologie du savoir
3. des noms éternels
